Innovation démocratique dans le monde : voici les chiffres

L’innovation démocratique dans le monde augmente fortement depuis plusieurs années. Les études de l’OCDE ont permis de mesurer cette innovation démocratique, avec la constitution d’une base de données d’exemples de dispositifs délibératifs représentatifs. La mise en graphique de ces statistiques donnent alors une idée des tendances de l’innovation démocratique dans le monde.

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Cet article a pour vocation de proposer des visualisations complémentaires à celles proposées par les experts de l’OCDE sur l’innovation démocratique dans le monde. Les visualisations de l’OCDE sont rassemblées dans le rapport sur les dispositifs délibératifs représentatifs de juin 2020, mis à jour en novembre 2021. De même, les graphiques ci-dessous ont été construits à partir de la base de données d’exemples de l’OCDE.

Ces graphiques présentent plusieurs avantages. Ils vont tout d’abord loin dans l’analyse en essayant à chaque fois de croiser plusieurs variables de la base de donnée : par exemple, on peut croiser le nombre de dispositifs par an, et par pays ou par type de modèle délibératif. Ces graphiques sont de plus interactifs, ce qui permet de se donner une idée plus précise des chiffres extraits des données de l’OCDE. Ils permettent aussi, dans de nombreux de cas, de sélectionner une partie des données seulement : en cliquant sur des items de la légende, les données sont filtrées selon les critères sélectionnés ; en sélectionnant une zone du graphique, le graphique effectue un zoom sur la zone considérée ; …

Les outils utilisés pour générer ses graphiques se fondent sur le langage python et sur le package Plotly.

Les différentes analyses de l’évolution annuelle de l’innovation démocratique dans le monde

Pour commencer, je propose plusieurs variantes de l’évolution annuelle l’innovation démocratique dans le monde. Ces différents graphiques font ainsi apparaître l’évolution annuelle du nombre de ces dispositifs sous l’angle du type de modèle, du pays d’origine, de l’échelon de gouvernement, du sujet traité, du format de communication entre participants et de la méthode de sélection des participants.

On pourrait continuer de décliner ces types de graphiques de différentes manières à l’avenir. N’hésitez pas à prendre contact avec moi si certaines analyses particulières vous intéressent.

Quelle évolution du nombre de dispositifs sous l’angle du modèle (1979-2021) ?

Ce premier graphique propose une évolution du nombre de dispositifs identifiés par l’OCDE entre 1979 et 2021 sous l’angle du modèle. Ces modèles reprennent la catégorisation en 12 modèles délibératifs mise en place par l’OCDE en juin 2020. Dans ce graphique, on peut par exemple observer que le modèle du jury de citoyens s’est progressivement imposé comme modèle phare de délibération.

Pour rappel, ce modèle rassemble entre 30 et 50 citoyens sur une période de quelques semaines. La réflexion est constituée en trois phases (apprentissage, délibération, restitution) et reprend l’organisation générale de l’Assemblée de citoyens (Convention citoyenne sur le climat). Ce dernier modèle s’est également fortement développé dans les dernières années avec 4 projets en 2019, 9 en 2020 et 11 en 2021. Les cellules de planification, très développées dans les années 2010, semblent s’être en revanche résorbées.

Le graphique suivant décompose ces tendances pour les 4 modèles de dispositifs les plus utilisés et confirment la tendance observée pour les jury de citoyens.

Quelle évolution du nombre de dispositifs sous l’angle du pays (1979-2021) ?

Cette nouvelle séquence étudie le lien entre l’évolution annuelle du nombre de dispositifs et le pays où le dispositif a été mis en place. On remarque le Japon, ancien leader en nombre de dispositifs, semble finalement laisser la place à d’autres pays plus investis dans la mise en place de dispositifs d’innovation démocratique.

Quelques pays se distinguent comme le Royaume-Uni dont le nombre de dispositifs est globalement en augmentation depuis plusieurs années : 3 en 2018, 14 en 2019, 7 en 2020, et 12 en 2021. De même, l’Allemagne, l’Australie, le Canada, et l’Autriche investissent de manière régulière dans différents dispositifs. Les tendances d’utilisation de dispositifs spécifiques par pays seront présentées plus bas.

Une fois de plus, les graphiques spécifiques à chaque pays permettent de se faire une idée plus claire des tendances pour les 6 pays les plus investis.

Quelle évolution du nombre de dispositifs sous l’angle de l’échelon du gouvernement (1979-2021) ?

Cette section étudie l’évolution annuelle de dispositifs sous l’angle de l’échelon gouvernemental. Si l’échelon local était historiquement l’échelon le plus important, la culture des dispositifs délibératifs représentatifs semble s’être diffusée à des échelons supérieurs comme l’échelon régional ou national. L’échelon international se développe moins vite.

Quelle évolution du nombre de dispositifs sous l’angle du sujet traité (1979-2021) ?

Deux sujets semblent s’imposer majoritairement pour les dispositifs délibératifs représentatifs : l’environnement et la planification stratégique. D’autres tendances sont certainement à l’œuvre, mais ce graphique ne suffit pas à les observer, car trop complexe à première vue. Le graphique suivant permet d’avoir une meilleure vue de ces tendances.

En séparant les évolutions des sujets traités, on peut avoir une meilleure idées des tendances à long terme : le sujet de l’environnement est de plus en plus traité, de même pour la santé et la planification urbaine.

Quelle évolution du nombre de dispositifs sous l’angle du format de discussion (1979-2021) ?

Toujours de la même forme que les précédents graphiques, celui-ci montre la forte augmentation récente du format en ligne et hybride de dispositifs délibératifs représentatifs. Si cette évolution est probablement liée à l’apparition de l’épidémie de COVID-19, elle annonce cependant peut-être une ouverture plus pérenne aux dispositifs sous format hybride.

Quelle évolution du nombre de dispositifs sous l’angle de la méthode de sélection des participants (1979-2021) ?

Ce dernier graphe détaillant l’évolution annuelle du nombre de dispositifs est particulièrement intéressant. Il montre en effet très clairement la conquête progressive de la méthode de sélection aléatoire à deux tours sur l’ensemble des dispositifs internationaux. Cette tendance semble débuter aux années 2010.

Pour rappel, ce système de sélection à deux tours désigne le processus suivant : des citoyens tirés au sort sur une base de données sont contactés (par mail, téléphone, courrier, … cf infra) pour leur proposer de faire partie du dispositif. Sur la base des personnes volontaires, un deuxième tirage au sort est réalisé qui combine tirage au sort et diversité/représentativité du panel final. Les citoyens ainsi sélectionnés sur la base des répondants présentent des caractéristiques socio-démographiques suffisamment diversifiées et représentatives de la population dans son ensemble.

Quelques études de corrélation

Les études de corrélation ci-dessous visent à déterminer, pour deux variables, la fréquence de nombre de dispositifs où les deux variables ont la même valeur, en proportion du nombre total de dispositifs. Une corrélation très forte entre deux valeurs de ces deux variables signifie alors que ces deux valeurs se retrouvent souvent dans les dispositifs de la base de données. Au contraire, une corrélation négative signifie que ces deux valeurs de ne se retrouvent que rarement en même temps dans un dispositif.

Quelle corrélation sur les méthodes de contact des participants (1979-2021) ?

La question ici concerne la méthode de contact des participants. Dans les faits, une méthode de contact (mail, courrier, téléphone, …) est rarement utilisée seule : les dispositifs combinent souvent différentes méthodes de contact. J’utilise cette diversité de moyen pour illustrer l’étude de corrélation par un exemple.

Le graphique ci-dessous cherche donc à déterminer les corrélations entre méthodes de contact des participants. Naturellement la corrélation est maximale sur la diagonale du graphique, c’est-à-dire la corrélation de chaque méthode de contact avec elle-même. De même, le graphique est symétrique : une corrélation (méthode 1, méthode 2) est nécessairement la même que (méthode 2, méthode 1).

On remarque alors que certaines méthodes sont fortement corrélées entre elles. C’est particulièrement le cas pour les appels téléphoniques et le courrier postal. C’est également naturellement le cas du prospectus et de la méthode en présentiel, qui consiste à se rendre sur des lieux publics pour recruter des volontaires. Enfin, la méthode de contact par mail semble très peu corrélée aux autres méthodes, celles-ci semble en effet souvent être utilisée seule.

Quelle corrélation sur les profils des membres du comité de pilotage du dispositif (1979-2021) ?

Regardons maintenant un autre exemple de corrélation plus intéressant. Nous regardons ici la corrélation entre les profils des membres du comité de pilotage des dispositifs. La case (Government representatives, Expert practitioners) répond à la question : les représentants du gouvernement sont-ils souvent présents en même temps que des praticiens experts de la participation citoyenne dans les comités de pilotage ? Ici, la case bleu foncé désigne une forte corrélation.

On peut alors formuler plusieurs remarques. Les représentants du gouvernement et les praticiens experts semblent souvent être présents ensembles. Au contraire, les ONG et les chercheurs (academics) semblent être rarement présents en même temps dans les dispositifs. Dans une moindre mesure, la corrélation est également forte entre les chercheurs et les citoyens, mais faible entre les membres d’entreprises privées et les citoyens.

Que peut-on en déduire ? Il semblerait que globalement les experts de la participation et les gouvernements sont bien connectés. Au contraire, les chercheurs et la société civile semblent s’exclure mutuellement. Pour préciser cette analyse, il faudrait descendre dans le détail et décliner cette analyse sur chaque type de dispositif.

Quelle corrélation entre le type de dispositif et la réponse donnée ou l’implémentation des recommandations (1979-2021) ?

Ce dernier graphe de corrélation cherche à répondre à la question du lien entre type de dispositifs et devenir des recommandations formulées par les citoyens. Il faut cependant noter que les réponses à la variable « Response and followup » étaient très lacunaires : seulement 196 réponses sur près 600 cas de dispositifs.

Chaque case (réponse A, modèle 1) donne le pourcentage de cas ayant donné lieu à la réponse A, par rapport au nombre de cas de dispositifs de modèle 1 pour lequel une information est donnée dans la base de données à la question « Response and followup ».

Prenons l’exemple des assemblées de citoyens pour qui la somme des pourcentages de la colonne est supérieure à 100. Ce résultat est normal. Cela veut simplement dire que plusieurs cas d’assemblée de citoyens présentent plusieurs entrées à la question « Response and followup ».

Quelques graphiques supplémentaires

Quelques ressources supplémentaires sur l’innovation démocratique dans le monde

Voici le même article disponible en anglais – Here is the same article available in English.

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